Contactez-nous

Partagez cette page sur

  • youtube
  • twitter
  • facebook

Accueil > Magie: Chamanisme

CHAMANISME

Mardi 27 Novembre 2012

Rituel magique

Invité par la Newcastle Arts Foundation pour une représentation, Moore, accompagné de David J et Tim Perkins, commence sa préparation par un autre rituel magique. « L'objectif de ce rituel était de déterminer précisément ce que nous devions faire comme prochain spectacle. Ce qui est ressorti du rituel, c'est trois ou quatre heures de discussion enthousiaste sur notre enfance. »

L'auteur poursuit : « A un moment, on s'est demandé qui était la première fille pour qui on en avait pincé. Dave a répondu Vivian West. Tim, Angela Bass. Et moi, Janet Bentley. Ce premier béguin, c'est quelque chose de merveilleux qui n'existe que dans nos têtes. »

David J tente de décrire l'expérience : « Alan demandait un désir à assouvir. Il dirigeait ça d'une certaine façon, en méditant et en pronconçant quelques phrases. Ces phrases suggéraient quelque chose qu'il nous révélait de manière fluide. Je l'ai ressenti comme un film projeté par Alan, un paysage sonore en morceau. »

Durant l'enregistrement de la bande-son, le scénariste lit son texte, puis pose une question : « Quel son évoque l'enfance ? » David demande à Tim s'il a un vélo et ils en trouvent un dans son grenier. J poursuit : « Quand j'étais petit, j'accrochais des cartes à la fourche de mon vélo pour que les rayons tapent dessus. Ça faisait un cliquetis qui me suivait partout. On l'a enregistré et filtré, on l'a échantillonné et c'est devenu le thème musical qui traverse tout le morceau. C'est le mortier qui maintient le tout ensemble. C'est très évocateur. »

Mur d'Hadrien

Alan Moore suggère à l'organisation de les accueillir dans une école désaffectée ou dans un endroit en rapport avec le thème de l'enfance. Finalement, ils accepteront de jouer dans le tribunal du XIXème siècle de Newcastle, construit sur les restes du Mur d'Hadrien, « un bâtiment magnifique, un superbe endroit pour une représentation. »

Quelques mois avant la date du spectacle, prévu en août 1995, Alan perd sa mère Sylvia qui meurt à St. Edmunds, l'usine en brique rouge des années 1800, reconvertie en hôpital. C'est là qu'est morte sa grand-mère en 1970 et qu'il est né en 1953. Tandis qu'il fait le tri dans ses affaires, il fait une découverte qui aura son rôle dans la représentation.

« On a trouvé un papier bleu dans lequel on avait emballé une espèce de membrane, qui avait autrefois appartenu à ma grand-mère. C'était une coiffe de nouveau-né (« birth caul », NdT). La coiffe est un fragment de la poche des eaux qui recouvre parfois la tête du bébé à la naissance. « Il y avait quelque chose de très puissant dans cet objet, ce talisman. On aurait presque di qu'il parlait...de la naissance, de l'état intra-utérin, du ventre de la mère, de l'enfance. Il allait nous servir d'inspiration pour raconter cette histoire de vie et de mort, d'enfance et de naissance. »

Tribunal

Ce n'est qu'après la représentation que Moore découvre que les avocats ont jadis apprécié le port d'une telle coiffe pour suggérer la sagesse, origine possible de leur perruque. « Il s'avéra qu'en jouant au tribunal, nous étions au meilleur endroit possible. »

The Birth Caul : A Shamanism of Childhood est présenté au Vieux Tribunal de Newcastle-upon-Tyne, le 18 novembre 1995, jour du quarante-deuxième anniversaire d'Alan Moore. Si la première pièce du Grand Théâtre était constituée de plusieurs morceaux courts, The Birth Caul est monté comme un monologue unique, avec des motifs sonores ambiants qui renforcent la voix de baryton du scénariste.

En phase avec l'intérêt de Moore pour la psychogéographie, le texte explore également le lieu où se tient la représentation, retraçant l'histoire du terrain où se trouve aujourd'hui l'ancien tribunal, des Votadini de l'Âge du Fer à la prolifération contemporaine des restaurants rapides, en passant par l'occupation romaine et l'explosion industrielle.

Mais le principal moteur de la narration commence par la mort de sa mère et reflète l'histoire de ses propres jeunes années, remontant à rebours de l'âge adulte à l'adolescence, puis à l'enfance, jusqu'au retour dans l'utérus maternel, avec une série de photos statiques. « The Birth Caul était une tentative d'attirer le public le long d'une spirale de texte ombilical, vers l'état prénatal. »

Charrm Records

Moore profite de la pièce pour exprimer la souffrance de la jeunesse, la quête d'identité. Il maudit aussi le système éducatif de Grande-Bretagne et la façon dont la société écrase la curiosité et l'imagination artistique des jeunes. The Birth Caul est alors l'oeuvre la plus autobiographique de l'auteur. « En la rendant tellement spécifique – par des choses qui n'étaient arrivées qu'à moi, par mes perceptions d'enfant ou d'adolescent – j'espérais qu'elle en deviendrait universelle. »

En 1996, le magazine Locus + publiera une transcription de la représentation, accompagnée d'un article. En 1995, The Birth Caul sort en CD chez Charrm Records. Bien que joué après la première représentation au Grand Théâtre, cet album précède d'un an le CD de ce spectacle inaugural. Contrairement aux autres sorties CD de la série, The Birth Caul est enregistré en direct. « Charrm Records avait tout pour l'enregistrement. Ils avaient tout mis en place pour qu'on puisse s'enregistrer en live. Quand vous écoutez The Birth Caul, c'est exactement ce qu'on a joué ce soir-là...il n'y a aucun effet spécial.

Collage

À partir de ce disque et avec l'accord d'Alan, Eddie Campbell, son collaborateur de From hell, adapte et publie The Birth Caul en bande dessinée. Pour ce dernier comme pour sa future adaptation de Snakes and Ladders, Campbell abandonne ses dessins au stylo en faveur d'un style varié mélangeant plusieurs outils. Il explique : « Sur une page, on a explosé un réveille-matin et on a collé les morceaux dessus. Sur une autre, j'ai découpé un vrai pyjama pour en fabriquer un de cinq pouces de haut. Ces livres me permettaient de pouvoir essayer différentes techniques. »

L'histoire éloquente du scénariste tire le meilleur du dessinateur qui propose de visualiser le monologue grâce à des métaphores bien trouvées et des juxtapositions d'images contrastées.

Moore est impressionné : « J'adore. Je n'avais sincèrement pas envisagé de transformer ces représentations en comics. Mais j'ai de très bons rapports avec Eddie et je fais confiance à son instinct. » Quel que soit le format, The Birth Caul est marquant et donne à réfléchir. C'est l'une des plus grandes œuvres de Moore, tous médias confondus.

Alan Moore et son sceptre de serpent
Son totem: la Lune et le Serpent
Un truc mystique