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JERUSALEM

Jeudi 29 Novembre 2012

Boroughs

Alan Moore promet que son deuxième roman, Jerusalem, offrira au lecteur un premier chapitre plus accessible que son prédécesseur, La Voix du feu. « C'est très, très lisible. Sans doute parmi ce que j'ai jamais écrit de plus lisible. »

Comme pour La Voix, les chapitres de Jerusalem sont narrés par plusieurs personnages à travers plusieurs époques, mais le livre adopte une approche et un ton différents. Il se déroule aussi à Northampton, mais au lieu de toute la ville, il ne concerne que les quelques malheureux pâtés de maison, qu'on appelle les « Boroughs », où Moore a grandi. « Je trouve que La Voix du feu, qui se passe entièrement à Northampton, va trop loin. Il est trop cosmopolite. Il faut que je me limite à ce que je connais. »

Le roman devrait compter le nombre colossal de sept cent cinquante mille mots et ser a divisé en trente-cinq chapitres et trois parties. L'auteur déclare : « Le livre dépassera la critique, car personne ne sera capable de le soulever. »

Psychogéographie

L'archéologique du « demi-mile carré de poussière » des Boroughs n'est qu'un élément de Jerusalem, qui incorpore également « énormément de familles et d'histoires personnelles », ainsi que  « beaucoup de fantasmes outrageants ».

« Une partie du principe de la psychogéographie, c'est d'en apprendre un petit peu sur les rues où on habite. Ça vous offre un monde plus riche dans lequel exister. Plus profond. Comme cette église banale au bout de ma rue, là. Francis Crick y a fait son catéchisme avant de découvrir l'ADN. Plus bas dans cette même rue, il y a le terrain de cricket où Samuel Beckett a joué pour Cambridge contre Northampton. »

Une fois encore, Moore relie diverses personnalités et événements historiques afin de tisser son histoire extraordinaire. Le récit s'appuie sur la première représentation du jeune Charlie Chaplin au New Variety Theatre, Thomas Beckett, Oliver Cromwell et la première révolution anglaise, le château de Northampton et le roi Jean de Shakespeare, et Richard Coeur-de-Lion qui part en croisade.

«  Mais je n'ai pas envie de parler que des gens fameux qui sont passés par les Broughs mais aussi des gens normaux dont personne n'a jamais parlé, y compris ma propre famille et sa folie intrinsèque. Dans ce livre, je veux entrelacer la morne réalité sociale dans une tapisserie chamarrée, avec des anges et des démons. »

Physique quantique

Jerusalem traite également de mathématiques à quatre dimensions, de mécanique quantique et du jour où son frère Mike a failli s'étouffer avec une pastille pour la gorge. « Notre quartier est très pauvre, il n'y avait le téléphone nulle part et personne n'avait de voiture. C'est un camion de livraison de légumes qui a emmené mon frère et ma mère à l'hôpital. Ça a dû prendre dix minutes, même en comptant large. Apparemment, au bout de deux minutes et demie, c'est la mort cérébrale. Mais bon, il est rentré à la maison avant la fin de la semaine. »

Selon le romancier, la deuxième partie de Jerusalem ressemble « à du Enid Blyton sous acide », avec « une bande d'enfants morts qui tournent en rond dans un au-delà en quatre dimensions ». Le chapitre intitulé « Round the bend » (« Cinglée », NdT) met en scène Lucia Joyce, qui a passé les trente dernières années de sa vie à l'hôpital psychiatrique de St. Andrew, autour duquel Alan Moore faisait des tours sur les motos de ses amis quand il séchait les cours.

« Je suis sûr que personne n'arrivera au bout de ce chapitre. Il est génial mais illisible. Il est rédigé à la manière de James Joyce mais c'est comme ça que je voulais faire. C'était le seul moyen que j'avais pour dire ce que je voulais dire. »

L'art des fous

Moore dessine aussi une illustration pour la couverture du livre, « mon vieux quartier, vu d'un angle impossible ». Il ajoute : « C'est un crayonné immense. Ça ressemble à ce qu'on appelle poliment de l'art brut ou, comme on disait avant, à l'art des fous. »

Moore vise haut, avec Jerusalem. « Ce que j'essaye de faire avec ce livre – et je pense que c'est une ambition modeste – c'est de réfuter la mort. Tous les physiciens contemporains nous assurent que notre univers a quatre dimensions. Un solide en 4D qui ne change jamais. Si c'est le cas, il comprend tous les instants, suspendus en lui à jamais, y compris chacun des moments qui composent notre vie. D'après ce que je vous, on ne peut avoir que la vie qu'on vit maintenant, encore et encore, pour l'éternité. Voilà le message central de Jerusalem. »

Alan Moore faisant une lecture de Jerusalem
Programme de sortie du roman en 2013