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Accueil > Comics majeurs: V pour Vendetta

V POUR VENDETTA

Mardi 27 Novembre 2012

Romantique

L'autre œuvre majeure créée par Moore pour Warrior est V pour Vendetta. Dez Skinn a prévu d'inclure un polar noir façon 1930 fondé sur le personnage du Night Raven qu'il a lancé chez Marvel. Le dessinateur prévu est David Lloyd qui vient juste de terminer Night Raven, justement.

« David Lloyd avait dit qu'il ne voulait plus avoir à rechercher toutes ces références sur les voitures des années 1930 ou il deviendrait fou. « Alors, Moore juge qu'ils peuvent transposer le décor du passé proche vers un futur proche sans perder l'ambiance noire, avec « un monde qui ressemble au nôtre au point qu'on puisse s’identifier, mais qui est assez différent pour être romantique et exotique. »

Moore se dit aussi qu'il peut y incorporer le concept de The Doll inventé au temps du magazine du Groupe d'Arts. Il pense qu'il a « la possibilité de ressusciter au moins le squelette du concept de base : un terroriste flamboyant et tape-à-l'oeil qui s'opposerait à un Etat totalitaire ». Après avoir travaillé des années sur des histoires courtes autoconclusives aux scripts ultracondensés, Moore a soudain la liberté de créer une œuvre plus ambitieuse et sophistiquée.

Subversif

V pour vendetta est lancé en 1981, deux ans après l'accession au pouvoir de Margaret Thatcher. L'économie britannique traverse sa pire récession en cinquante ans. « Au même moment, le fascisme pointait son nez en Grande-Bretagne, le National Front prenait son envol et, à vrai dire, l'avenir semblait bien sombre. »

Sous l'apparence des aventures d'un justicier masqué, V pour Vendetta est un commentaire sur les dangers de ce « fascisme rampant ». Le héros philosophe et subversif de ce cauchemar orwellien défie, seul, le régime fasciste d'un futur alors lointain : 1997. « Nous avons décidé de voir quelle dose de paranoïa politique nous pouvions inclure dans une bande dessinée. »

Le dessinateur David Lloyd contribue à la série de manière significative en trouvant la caractéristique visuelle principale du personnage vedette : le masque de Guy Fawkes. Lloyd explique : « Guy Fawkes voulait créer un désordre duquel émergerait un ordre nouveau, tout comme V prévoyait de le faire. » Il a ce côté théâtral que Moore recherche dans le costume. « Nous voulions en faire l'archétype du héros romantique et anarchiste.

J'avais remarqué que dans les comics britanniques, en général, nous semblons avoir davantage de sympathie pour les méchants. Beaucoup de personnages qui peuplaient les BD britanniques des années 1960 étaient des psychopathes ou des criminels. Dans notre tradition, il y a de nombreux héros comme Robin des Bois ou Guy Fawkes qui se battent contre l'autorité. Nous avons essayé de mélanger tout ça dans le personnage de V pour Vendetta. »

Fasciste

Moore a besoin d'un symbole pour convaincre le lecteur qu'il a affaire à un Etat policier fasciste. « Comment faire pour que ça ait l'air de vraiment fasciste? Je sais, on va mettre des caméras de sécurité à tous les coins de rue. Ça fera peur aux gens. »

Le point de départ de V pour Vendetta est une guerre nucléaire qui a anéanti l'Afrique et l'Europe continentale. L'effondrement de la société qui en résulte a poussé la Grande-Bretagne sous la coupe d'un gouvernement autoritaire et fasciste. Les individus potentiellement subversifs, les gauchistes, les noirs, les Asiatiques, les juifs ou les homosexuels sont raflés. Le pays vit dans la peur.

Un terroriste anarchiste qui se fait appeler V dissimule son identité sous un masque de Guy Fawkes. À lui seul, il déclenche une vague d'attentats contre les autorités. Il commence par détruire le Parlement, imitant la tentative ratée de Guy Fawkes en 1605.

Evey

V sauve ensuite une miséreuse de seize ans, Evey Hammond, d'un viol collectif sur le point d'être perpétré par la police secrète. Il la prend sous son aile et lui enseigne ce qu'il faut faire pour préserver l'individu et la libre pensée face au totalitarisme du régime politique. « C'est une énigme policière éthique. Pour la résoudre, il faut comprendre V et ce qu'il fait. »

L'histoire est ancrée selon deux axes : les activités de V et l'enquête de la police sur ses crimes. L’énigmatique V détruit les lieux fameux de Londres, symboles du pouvoir fasciste, et assassine des dirigeants politiques un par un. Une lutte intestine s'ensuit au sein du parti en place alors que de terribles secrets sont révélés.

Le « Commandeur » Adam Susan, chef puritain du pays, plonge dans la folie. La police tente de découvrir le mobile et l'identité de V tandis qu'Eric Finch, l'enquêteur principal, découvre un lien entre les victimes et un camp de concentration gouvernemental dans lequel V a subi des expériences médicales.

Evey se prend d'un fort attachement pour V mais a du mal à accepter ses méthodes. Dans une séquence pénible à lire, elle est enlevée, emprisonnée, interrogée et torturée avant une des révélations les plus déchirantes de l'histoire des comics.

Une idée

À cette époque, l'utilisation de personnages féminins forts est très rare. Avec Evey, Alan Moore fait tomber une barrière de plus. Tandis que l'histoire se rapproche de son terme, Evey à l'occasion de démasque V pour révéler son identité mais à ce moment là, Moore a déjà établi qu'elle n'a pas d'importance. « V est une idée avec un masque, un chapeau et une cape. Il est bien plus symbolique que réel. »

Les personnages de Moore sont différenciés et émotionnellement crédibles. Chacun poursuit ses propres objectifs. Les fascistes ne sont pas des caricatures ou des nazis d'opérette, ils ont une personnalité propre.

Evey se prend d'un fort attachement pour V mais a du mal à accepter ses méthodes. Dans une séquence pénible à lire, elle est enlevée, emprisonnée, interrogée et torturée avant une des révélations les plus déchirantes de l'histoire des comics.

Ambigu

« Les fascistes sont des gens qui travaillent à l'usine et sont sûrement tr_s gentils avec leurs gosses... ce sont des gens ordinaires. Ils sont comme tout le monde, sauf qu'ils sont fascistes. » Ainsi, V lui-même est un héros moralement ambigu. Moore et Lloyd sont conscients des conséquences de la glorification du terrorisme.

Dans le chapitre « Versions », chaque camp avance ses arguments. Adam Susan défend le fascisme tandis que V soutient l'anarchie. « Bien que les dessins aient été en noir et blanc sans niveaux de gris, je trouvais qu'un des points les plus intéressants de la BD elle-même était que, d'un point de vue moral, il n'y avait rien que du gris. Nous demandions au lecteur de se poser des questions intéressantes. »

De nombreuses références à la lettre V (et au chiffre romain cinq) ponctuent la narration, notamment l'initiale de chaque chapitre, la Cinquième Symphonie de Beethoven, plusieurs noms dont Evey et Valerie, le 5 novembre (fête de la Nuit de Guy Fawkes) et bien d'autres encore.

« C'est avec V pour Vendetta que j'ai commencé à prendre conscience qu'on pouvait obtenir des effets incroyables en associant des mots et des images ou même en se passant de mots. J'ai commencé à comprendre ce qu'on pouvait faire grâce au découpage et aux couches successives, les niveaux de sens qu'on pouvait donner à l'histoire. Je suis convaincu que V pour Vendetta fut le premier pas de géant que je franchis vers mon propre style. »

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