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La Voix du feu

Mardi 27 Novembre 2012

Mélodie

En 1996, après cinq ans de travail, Moore publie son premier roman au Royaume-Uni : Voice of the Fire. Il en a commencé l'écriture deux ans avant de devenir magicien. « J'ignorais que le temps de terminer ce livre, je deviendrais un authentique chaman de Northampton, utilisant la magie des mots pour créer une mélodie en forme de roman qui, au moins dans son intention magique, initierait quelque chose dans l'esprit des gens par rapport à l'endroit où ils vivent. »

La Voix du feu est une suite de nouvelles qui recouvre toute l'histoire de Northampton. Certains récits sont inspirés de faits réels et de personnalités tirées du passé illustre de la ville natale du scénariste. Les histoires s'intègrent progressivement dans une saga qui s'appuie sur des motifs et des thèmes récurrents : chiens noirs,membres coupés, trahisons, perte de la foi, sorcellerie et, bien sûr, feu.

Tout en démontrant l'intérêt croissant de l'écrivain pour la magie, La Voix du feu souligne également sa passion naissante pour la psychogéographie. « Quand j'ai commencé à me prêter au jeu de la psychogéographie, c'était surtout sous l'influence de Iain Sinclair. Les circonstances ont fait que mes premiers travaux concernaient essentiellement Londres : From hell et beaucoup de spectacles. Alors, avec La Voix du feu, je me suis demandé si je pourrais faire pour Northampton ce que Iain, Peter Ackroyd et d'autres ont fait pour Londres. »

Evocateur

Le livre est poétique et évocateur, c'est une trame de faits historiques et de fiction originale. Une atmosphère sombre et oppressante baigne chaque chapitre, culminant souvent dans la violence sanglante, la folie et la mort. Chacun des douze chapitres est narré par un personnage différent, provenant d'époques successives sur une période de six mille ans.

Tous les protagonistes sont géographiquement reliés par un rayon d'une quinzaine de kilomètres. La Voix du feu est une histoire de l'humanité, dans laquelle Moore se désespère du manque de compassion de l'homme et de sa propension à la destruction.

L'écrivain donne à chacun de ses personnages une voix qui lui est propre, notamment dans le tout premier chapitre qui est écrit dans une dialecte néolithique inventé pour l'occasion. « Si on remonte au-delà des Romains, vers la Préhistoire, on ne sait pas comment parlaient les gens ni ce qu'ils pensaient. Si on retourne à l'âge de pierre, il n'y a pas de langage écrit.

Alors, j'ai dû inventer une fausse langue de l'âge de pierre, fondée sur l'anglais mais suivant certaines règles. » Le romancier transmet astucieusement les pensées d'un jeune homme des cavernes en utilisant le temps présent et un vocabulaire limité de quelques centaines de mots.

Un seul temps: présent

« D'après ce que je sais des langues aborigènes, la plupart d'entre elles semblent n'avoir qu'un seul temps : le présent. Ils considèrent le passé et le futur comme compris dans le présent, en quelques sorte. C'est intéressant. C'est un mode de pensée différent de la pensée moderne. »

Et en effet, La Voix du feu commence ainsi : « En arrière de colline, loin vers soleil-descend, est ciel devenir pareil à feu, et est moi, souffle tout dur, venir en haut sur chemin de lui, où est herbe froide sur pieds de moi et mouiller eux. Herbe est pas haut de colline. Est juste terre, tout en un rond, et la colline est pareil homme peau-nue, tête de lui. Debout est moi et tourne figure de moi à vent pour sentir, mais est pas de sentir qui vient de beaucoup loin. Ventre de moi fait mal, en milieu de moi. »

Bien que difficile, la lecture du premier chapitre, « Le Cochon de Hob » est gratifiante. En raison de l'attention exigée du lecteur, l'expérience devient immersive et évocatrice. Moore avoue : « Le temps de terminer ce chapitre, j'avais du mal à penser de nouveau en bon anglais. J'aime ce genre d'expériences. »

Protagonistes

Tandis que le livre avance, la langue devient plus familière mais les histoires n'en sont pas moins divertissantes, riches de personnages bien définis dont la plupart sont élaborés par l'auteur à partir de figures réelles bien documentées, comme Alfie Rouse, le tueur représentant en lingerie féminine, le poète aliéné John Clare et Sir Francis Tresham de la Conspiration des Poudres.

Les autres chapitres mettent en scène une arnaqueuse de l'âge du bronze, un chasseur qui rentre dans un village déserté par ses habitants, un magistrat romain qui enquête sur une affaire de fausse monnaie, une nonne handicapée qui a des visions, un croisé usé par le combat, une juge libidineux puni par là où il a péché, et deux sorcières qui finissent sur le bûcher.

Dans le dernier chapitre, Moore lui-même devient le narrateur, chaman contemporain du temps présent, réflexion métafictionnelle sur sa rédaction du livre. Contrairement aux autres chapitres, ce dernier , rédigé avec la propre voix de son auteur, évite délibérément l'usage du pronom personnel à la première personne. 

« Bien que je sois le narrateur, je veux être invisible, je veux être une voix anonyme. Alors, c'est une histoire à la première personne sans la première personne. Ça laisse une espèce de vide au centre du récit, que le lecteur peut investir. »

Conclure

S'attribuant la tâche de conclure l'ouvrage avec une histoire devant être aussi réaliste que celle des autres chapitres, Moore, en désespoir de cause, consomme des champignons hallucinogènes et entreprend un rituel. « Comme toutes les autres histoires se déroulaient en novembre, je devais donc écrire ce qui m'était arrivé en novembre au moment où j'écrivais ce dernier chapitre.

En gros, je demandais aux dieux de m'aider à trouver une putain de fin à ce roman avant de devenir dingue. » Après le rituel, Moore allume le journal télévisé et entend parler d'un meurtre dont le procès a lieu dans le tribunal local. Quelqu'un s'est introduit chez un vieillard et l'a décapité. Sa tête a été retrouvée par un chien noir, sous une haie. Moore tient la fin de son roman.

À défaut d'un succès commercial, La Voix du feu est un succès critique. Et bien qu'il ait travaillé dessus pendant cinq ans pour une avance de seulement 15 000 livres, le scénariste est très satisfait du résultat. « C'est sans doute l'une des meilleures choses que j'ai écrites. Un expérience très solitaire. Ça m'a beaucoup appris sur l'écriture. » 

En 2003, Top Shelf publie la première édition américaine de La Voix du feu en édition cartonnée, incluant treize photographies manipulées digitalement par José Villarrubia. « José a un vrai talent de visionnaire dans son travail et je voulais voir ce qu'il ferait avec La Voix du feu. »

Couverture du roman
Quatrième de couverture du roman