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WATCHMEN

Mardi 27 Novembre 2012

Genèse

Watchmen est sans aucun doute l'oeuvre la plus fameuse d'Alan Moore : une déconstruction méticuleuse et techniquement brillante du genre super-héroïque. Conçue comme une histoire complète, elle a d'abord été sérialisée en douze comics au format « de luxe », de septembre 1986 à octobre 1987.

Après avoir fait équipe sur plusieurs bandes pour 2000 AD, Moore et Dave Gibbons se retrouvent tous les deux en quête d'un projet sur lequel collaborer chez DC. Ils échangent quelques idées, comme relancer les Challengers of the Unknown de Jack Kirby ou le Martian Manhunter. Lorsque DC achète toute l'écurie Charlton comics, Dick Giordano demande alors à Moore de lui proposer un traitement pour ces personnages. « Je me disais que ça serait intéressant de prendre un groupe de super-héros innocents et insouciants comme, disons, les super-héros de chez Archie Comics, et de les plonger brusquement dans un monde réaliste et crédible. »

Moore envoie à Gibbons un exemplaire de son script et le dessinateur a très envie de le rejoindre. Cependant, lorsqu'il a fini de lire la proposition de l'écrivain, Giordano lui explique qu'il ne pourra finalement pas utiliser les héros de Charlton. En effet, l'histoire de Moore en fait mourir un grand nombre et rend les autres inutilisables ensuite. Mais Guirdano aime le concept et il suggère donc à Moore d'imaginer un nouveau groupe de super-héros pour son histoire.

Changer pour créer

Débarrassés de toute continuité préexistante, Moore et Gibbons travaillent main dans la main pendant deux mois à transformer les fades héros de Charlton en personnages plus intéressants, plus extrêmes, dotés chacun de son propre regard sur le monde. Rorschach est un mélange de La Question, détective masqué stéréotypé, et de l'ultralibéral Mr. A. de Steve Ditko : un vengeur à la morale féroce, heureux de dispenser sa propre justice. Le Comédien est un violent psychopathe cynique, une distorsion nihiliste du pseudo Captain America de Charlton, le Peacemaker. Dr Manhattan est un demi-dieu quantique dont la puissance défie l'entendement humain. Libéré de toute causalité temporelle, il tire son inspiration du héros de l'ère nucléaire, Captain Atom. Jadis Ozymandias, héros super-intelligent idéal, qui choisit d'endosser la responsabilité des problèmes de l'humanité, Adrien Veidt est calqué sur Peter Cannon, alias Thunderbolt, de Charlton Comics. Si le corpulent Hibou remplace Blue Beetle, il doit néanmoins beaucoup à Batman avec ses gadgets, sa technologie et son QG souterrain. Ce Nite Owl idéaliste est aussi une évolution d'un héros imaginé par Gibbons quand il avait douze ans.

Le seul personnage féminin de l'équipe est le Spectre Soyeux qui prend la place de l'héroïne Charlton, Nightshade. Alan Moore n'aime pas cette dernière et il préfère s'inspirer de la Phantom Lady des années 1940 chez Quality Comics. Avec le Hibou, elle donne à l'équipe un équilibre plus humain.

Chacun des protagonistes représente une interprétation tordue d'un super-héros archétypal particulier. Ensemble, ils forment un groupe à l'éthique douteuse, cynique et dysfonctionnel. Leur comportement est véritablement humain et non fondé sur une intangible responsabilité envers la société. Malgré leurs sérieux défauts, chaque personnage parvient à s'attacher la sympathie du lecteur à un moment ou un autre. Moore examine leurs motivations une à une. Les chapitres alternent entre l'avancée de l'intrigue et la plongée dans l'histoire et la personnalité de chacun.

Réinvention

Non seulement tous les personnages ont été inventés pour l'occasion, mais l'histoire elle-même se déroule en dehors de la continuité régulière de l'univers DC. Moore et Gibbons ont construit une toute nouvelle réalité parallèle. « J'avais tenté de créer des personnages qui réagissaient chacun différemment au monde qui les entoure. L'important dans ce livre, ce n'est pas l'individu ou son point de vue personnel. C'est l'interaction entre ces différents points de vue et comment cette interaction fabrique le tissu de la réalité. Voila, pour moi, le développement politique le plus intéressant à propos de Watchmen. »

L'histoire se déroule dans le futur proche d'une autre réalité à peine décalée par rapport à la nôtre. Nixon a été élu pour un quatrième mandat et les super-héros ont aidé les militaires à gagner la guerre du Viêt-Nam. Ce futur parallèle se matérialise dans des voitures et des avions électriques, par un retour en grâce des vestes croisées et dans l'omniprésente chaîne de restauration rapide Gunga Diner. Le gouvernement force les super-héros à prendre leur retraite même si certains optent pour le discrétion afin de poursuivre leur combat contre le crime. Le monde est au bord de l'apocalypse nucléaire et les anciens héros sont exécutés par un mystérieux assassin qui pousse les ex-justiciers à sortir de leur retraite.

Si la série s'appelle Watchmen, il n'y a pas de « super-équipe » portant ce nom dans la série. En fait, les « Gardiens » désignent plutôt les héros de façon péjorative dans l'esprit du public. La phrase « Qui nous garde des Gardiens ? » - citation du satiriste romain Juvénal – est toujours partiellement visible sous forme de graffiti sur les murs de la ville. Elle suggère la peur et la suspicion du monde envers ces justiciers. « Watchmen est aussi issu du paysage politique embrouillé des années 1980, avec la guerre froide à son plus haut niveau depuis vingt ou trente ans. La destruction nucléaire semblait soudain une éventualité bien réelle. Ce comic book s'appuie sur les clichés du genre super-héroïque et tente d'aborder les notions de pouvoir et de responsabilité dans un monde de plus en plus complexe. »

Réalisme

Watchmen veut illustrer de façon réaliste les conséquences de la violence. Si les scènes les plus brutales se déroulent hors-champ, le moment où Rorschach brise les doigts d'un individu est ressenti de façon viscérale, presque tangible. « C'est bien plus intense, effrayant et dérangeant que vingt personnes qui passent au travers des murs. »

Quand Moore et Gibbons démarrent le troisième épisode, ils commencent à essayer de nouvelles techniques : « Soudain, nous avons vu qu'il y avait quelque chose que nous n'avions pas prévu qui ressortait de notre découpage. »

Moore raconte : « C'était très enthousiasmant. Il se passait quelque chose. L'image, les fils narratifs, l'histoire du pirate et les dialogues dans la rue agissaient entre eux et leur friction provoquait des étincelles. Je n'avais jamais vu ça auparavant dans un comic book. »

Passé, présent, futur

Capable de percevoir simultanément passé, présent et futur, le transcendant Dr Manhattan appréhende le temps comme un état figé. Il encourage ainsi le lecteur à feuilleter l'histoire en avant et en arrière pour apprécier les connexions cachées dans les pages. Comme V pour Vendetta, Watchmen ignore les conventionnelles bulles de pensée, onomatopées et narration à la troisième. D'ingénieuses astuces sont employées pour les transitions d'une scène à l'autre, les auteurs utilisant les dialogues et les jeux de mots visuels pour articuler les scènes.

La structure de Watchmen devient comme une horloge de plus en plus complexe. Des couches successives de narration, une intrigue non linéaire et une symétrie réflective enrichissent d'autant la texture du livre.

Moore et Gibbons s'appuient sur les points forts du médium BD, employant une iconographie et des symboles récurrents, incorporant des indices visuels et textuels et agençant une myriade de détails au sein d'une œuvre envoûtante. « On a beaucoup travaillé sur les connexions, sur les différents systèmes de narration, pour proposer une expérience de lecture originale. Et je crois qu'on a réussi. Certains passages de Watchmen étaient vraiment uniques et sans équivalent dans les autres types de littérature. »

Mise en abyme

Moore utilise la technique de la mise en abyme. Les contes du Vaisseau Noir (« parce que je suis un fan de Brecht ») est une bande dessinée incluse dans la bande dessinée. Dans un monde où les super-héros existent vraiment, la littérature d'évasion s'est développée vers d'autres genres, en l'occurrence, les comics de pirates. La bande dessinée à l'intérieur de la bande dessinée équilibre le récit, établit des connexion et tire des parallèles avec l'intrigue principale. Les allusions et l'intertextualité sont légion. De nombreuses références à différentes œuvres d'art et à la culture pop sont répétées. Des citations clôturent chaque chapitre, de William Blake à Bob Dylan en passant par Carl Jung.

Le dessinateur Dave Gibbons apporte beaucoup à Watchmen, échangeant des idées avec Moore et profitant ainsi de l'attrait du scénariste pour la collboration. À l'époque, les scripts ultradétaillés de Moore sont déjà reconnus comme très intelligents. « Le script du premier épisode faisait cent une pages – en interlignage simlpe – sans espace entre les descriptions de cases ni même entre les planches. »

Désireux d'éviter un découpage cliché, Gibbons raconte : « Dès le début, je voulais que chaque page de Watchmen soit clairement identifiée comme une page de Watchmen et pas d'un autre comic book. »

Dessin satirique

Il ajoute : « C'est un peu négatif mais plus on s'éloignait de l'école Marvel, plus on était contents. » Les influences de Wally Wood coulent de source. Moore a déclaré : « On discutait du style graphique qu'on voulait obtenir. On se disait que les meilleurs dessins de super-héros étaient dans les parodies de Mad. Les super-héros n'avaient jamais été aussi bons que parodiés par Wall Wood. » Le trait de Gibbons est remarquablement cohérent, d'une simplicité trompeuse. Sans effort, il incorpore une quantité de détails visuels dont un bon nombre est significatif pour l'histoire, à un niveau plus ou moins important. Le dessinateur explique : « Le style qu'emploie un artiste comme Moebius détache l'illustrateur de son art. Un contour simple minimise l'implication de son dessinateur – la personnalité de l'artiste s'efface devant celle du personnage qui est dessiné. D'un point de vue technique, j'ai dessiné Watchmen avec un stylo à pointe dure, de telle sorte qu'il n'y a pas beaucoup de variation dans le trait, ni vraiment de trace de mon passage. »

Le découpage est remarquable pour son adhésion stricte au gaufrier à neuf cases, qui divise chaque planche en trois rangs de trois cases carrées. De temps en temps, la fusion de ces zones pour former une image plus grande donne davantage d'impact au moment approprié de l'histoire. Gibbons déclare : « L'essentiel du découpage de Watchmen a en réalité été inventé par Harvey Kurtzman. Le gaufrier à neuf cases provient en droite ligne des EC Comics des années 1940 et 1950. »

Moore devient plus confiant et son écriture se fait plus sophistiquée, permettant aux dessins de Gibbons d'endosser une plus grande responsabilité dans la narration de l'histoire. Il est moins bavard que sur Swamp Thing ou Marvelman, avec de nombreuses séquences sans dialogues ni encadrés de texte.

Ruse et structure

À l'époque de Watchmen, les éditeurs américains essayent des formats de publication plus luxueux. Des titres comme Batman:The Dark Knigth Returns ou Mr X sont imprimés sur du meilleur papier avec une meilleure encre. Leur maquette est aussi plus moderne. Bien des innovations visuelles de Watchmen sont la création de Dave Gibbons. Le logo vertical reste original, aujourd'hui encore. C'est du jamais-vu dans les comics : des couvertures au cadrage serré sur une image intrigante, presque abstraite, tandis que les deuxième, troisième et quatrième de couverture sont à la pointe du design. La couverture iconique du premier épisode sert également de première case : un très gros plan sur le badge smiley du Comédien, taché du sang de ce dernier, dans le caniveau. Sur la première page, le point de vue du lecteur s'éloigne lentement, révélant l'origine du regard : la fenêtre brisée de la garçonnière du héros décédé.

À la fin du comic book, au lieu du courrier des lecteurs et des pages de publicité, de faux articles de magazines, extraits de livres et autres documents ajoutent une profondeur sans précédent à l'histoire principale. « On était très créatifs. On trouvait plein de nouvelles idées et je crois que sur chaque morceau de la série on s'est demandé : « Pourquoi ça devrait être comme ça ? Est-ce qu'on ne peut pas le faire autrement ? » »

Dave Gibbons lettre le livre lui-même, une mission traditionnellement assignée à un spécialiste. Il emploie des styles innovants pour les bulles, les lettres et les cartouches, afin de différencier les voix des différents personnages. Le choix de John Higgins, son style à la base d'aplats profitant au mieux de la palette de couleurs sert d'une combinaison de gris et de teintes saturées. Le chapitre six, qui se concentre sur l'histoire de Rorschach, commence par des couleurs chaudes et chatoyantes qui s'assombrissent au fil des pages. Gibbons se souvient : « John se servait des couleurs pour démoraliser le lecteur. C'était très malin. »

Critique de la fin

On a critiqué la fin parce qu'elle utilise un retournement typique de la science fiction, déjà vu dans un épisode d'Au-delà du réel et dont il est fait référence dans le texte du dernier chapitre de Watchmen. Mais l'intérêt du comic book, ne réside pas dans son intrigue. « Watchmen a démarré comme une histoire sombre de super-héros et s'est terminé en métaphore à plusieurs niveaux des effets du pouvoir sur la société. Mais à vrai dire, je pense que Watchmen parlait de sa propre structure et suggérait de nouvelles façons de voir la réalité. »

Moore ajoute : « Je crois que si Watchmen a apporté quoi que ce soit ce sont des nouvelles possibilités de percevoir notre environnement et les interactions et les relations des qui y évoluent. »

Comme souvent dans les œuvres de Moore, le dénouement de l'histoire est ambigu. Il nous interroge : le monde mérite-t-il d'être sauvé ?  « Le livre dit qu'aucun de ces personnages n'a raison ou tort. Ils sont tous humains ou l'ont été et ils font de leur mieux selon leurs convictions et les circonstances. Je ne voulais pas attribuer à un personnage en particulier le bon point de vue, le rôle du héros, celui auquel le lecteur est censé s'identifier. La vie, ça ne marche pas comme ça. Pas la mienne, en tout cas. C'est au lecteur de faire son choix. Comme je le dis dans la dernière case, c'est entièrement entre vos mains. C'est au lecteur de formuler sa propre réponse au monde. Il n'a pas à écouter un super-héros ou un politicien, ni un scénariste de BD d'ailleurs. »

Au panthéon

Grâce à Watchmen, Alan Moore inscrit son nom au Panthéon de la culture pop. Bien que terminé en 1097, c'est un des comics les plus significatifs jamais publiés, un véritable chef-d'oeuvre de narration graphique avec une structure intellectuelle cristalline et sans défaut. Beaucoup le considèrent comme le summum des comics de super-héros.

Watchmen est un roman policier, un trhiller conspirationniste, une histoire d'amour, une grande aventure et une allégorie. La BD contient de nombreuses scènes superbes : la première nudité frontale masculine des super-héros grand public, l'instant où Osterman est prisonnier dans l'accélérateur de particules, le rendez-vous galant de Dan et Laurie en plein vol, le Dr Manhattan qui emmène Laurie en visite sur Mars et bien d'autres encore. « J'ai beaucoup d'affection pour Watchmen. C'était, du moins pour moi, une révolution intellectuelle par rapport à ce dont une bande dessinée était capable. »

Succès

En raison du succès phénoménal sans précéden de la série, Watchmen est compilé dans un recueil de quatre cent pages – un « roman graphique » - quelques semaines après la publication de son dernier épisode en fascicule. Avec Dark Knight Returns de Frank Miller et Maus d'Art Spiegelman, Watchmen a initié la révolution de ces BD d'un nouveau genre dans les librairies et une véritable frénésie médiatique. Moore est interviewé dans les journaux et félicité par les journalistes dans Time ou Rolling Stone. En 1988, Watchmen est le seul comic book à jamais remporter le préstigieux prix Hugo du meilleur roman de science-fiction. Même après vingt ans, en 2005, c'est la seule BD à être listée par le Time Magazine dans les 100 meileurs romans anglophones de tous les temps. Dans les années 1980, le producteur Joel Silver achète une option pour en faire un film que l'ancien Monty Python Terry Gilliam voudrait réaliser. Vingt ans plus tard l'histoire sera portée à l'écran. Au-delà de son impact massif sur les comics, Watchmen a inspiré et influence encore bon nombre de scénaristes et de producteurs de la télévision et du cinéma.

Plus qu'aucune autre œuvre de la culture populaire, chaque image et chaque mot contenu dans Watchmen est disséqué, examiné et annoté. Moore et Gibbons résistent aux demandes des fans et des responsables de DC pour des séquelles ou préquelles comme les Minutemen, Le comédien au Viêt-Nam ou Les Carnets de Rorschach. Après Watchmen, la BD de super-héros grim'n'gritty (sombre et dure, NdT) déconstruite et postmoderne devient un genre, le modèle dominant de l'écriture contemporaine de comics de super-héros.

Moore lui-même regrette l'influence qu'a eue Watchmen. « Je crois que beaucoup de lecteurs y ont surtout vu un haut niveau de violence, une perspective politique pessimiste, un peu plus de sexe, davantage d'insultes. Jusqu'à un certain point, il est y a eu, depuis Watchmen, un nombre effarant de comics voués à ces histoires très violentes, très sombres, très pessimistes qui se servent de ce que j'ai écrit pour justifier ce qu'elles sont en vérité : des histoires de mauvais goût qui n'ont pas grand intérêt. »

Evolution

Dans la dernière partie des années 1980, des séries avec une sensibilité plus adulte comme Watchmen, The Dark Knight Returns de Frank Miller, Love & Rockets des frères Hernandez ou Maus d'Art Spiegelman sont compilées en recueils d'un seul volume. Ces œuvres sophistiquées sont vendues aux libraires comme une « nouvelle vague » de littérature sous le nom de « graphic novels » (romans graphiques, NdT), les associant implicitement aux romans traditionnels en évitant la connotation juvénile du mot « comic » (bande dessinée, NdT). Le marché des comics n'est plus un ghetto et s'ouvre à une grande quantité de consommateurs potentiels. « Pour la première fois, nous avions réussi à atteindre un but dont nous parlions depuis des années : nous avions enfin un rayon dédié parmi les livres, chez les vrais libraires. »

Les auteurs sont suivis comme des romanciers à succès. On fait de la publicité pour de nouvelles séries dans des magazines d'intérêt général. Des éditeurs traditionnels comme Penguin, Gollancz ou Boxtree lancent leur propre ligne de romans graphiques. À l'apogée du succé de Watchmen, Alan Moore est le centre d'attention des média s'intéressant à ces nouvelles bandes dessinées au Royaume-Uni. Il devient une petite célébrité, enchaînant les entretiens à la télévision, à la radio et dans les journaux. Jamais un simple auteur de BD n'a généré autant d'intérêt. Il refuse même une invitation à devenir le participant récurrent d'un jeu télévisé sur Central TV. Moore n'est pas très à l'aise avec sa notoriété. « Soudain je n'étais plus seulement reconnu en entrant chez un libraire BD, j'étais reconnu les gens dans la rue qui m'avaient vu à la télévision ou qui m'avaient vu en photo dans The Observer. »

Dans les festivals de BD, il déclenche des émeutes et on l'applaudit en hurlant quand il monte sur scène. Il se retrouve piégé dans les salons privés et fait des cauchemars en rêvant qu'on l'agrippe. « Un fan m'a même suivi dans les toilettes. À côté de moi devant l'urinoir, il m'a demandé s'il pouvait avoir mon autographe. Je lui ai dit qu'il allait devoir attendre une minute. » A l'étranger aussi, de San Diego en Californie à Angoulême en France, tant d'attention devient intolérable. Moore se retire de la lumière des projecteurs. « L'idée d'être sur un piédestal n'est pas aussi amusante qu'elle en a l'air. »

Le marché bourgeonnant des romans graphiques est vite pollué par du matériel de mauvaise qualité assemblé à la va-vite par Marvel et DC. Il s'effondre sous son propre poids. Moore a un avis tranché sur la question. « On peut considérer Maus et probablement Watchmen comme des romans en terme de densité, de structure, de taille, ed thème, etc. Le problème, c'est que « roman graphique » est en venu à signifier « BD qui coûte cher ». Dès lors, les gens de DC ou Marvel se sont mis à compiler les six derniers numéros de la première bouse qui leur passait sous la main, et à l'imprimer sous une belle couverture en appelant ça « Le Roman Graphique de Miss Hulk ». A mon avis, voilà ce qui détruit tous les progrès que les comics auraient pu accomplir au milieu des années 1980. » Il faudra encore bien des années avant que le marché des librairies adopte définitivement les romans graphiques.

Couverture DC
Dr Manathan et Spectre soyeux sur Mars
Ozymandias et le monde
Contre-plongée sur le crime
Le sourire de Rorschach
Narration dans narration
Rorschach entre par la fenêtre
Charlton heroes qui ont inspiré Watchmen
Contre-plongée sur le crime
Ozymandias et son chat
La fin du monde