La chine façe au sida : un constat alarmant ...

- Une maladie
sous-évaluée par le gouvernement chinois
- Des informations peu relayées
- Une situation en apparence moins grave
que les pays voisins
- Mais un risque d'épidémie
très important
- Différentes variables expliquent
le développement de la maladie
"Une catastrophe de proportion inimaginable est sur lepoint
de se produire et on peut craindre que d'ici à deux
ans, la Chine comptera plus de contaminations par le virus
HIV que n'importe quel autre pays au monde". Un constat
alarmiste tiré d'un rapport préparé par
l'Onusida, l'organisation des Nations-Unis spécialisée
dans la lutte contre le sida.
Une maladie sous-évaluée par le gouvernement chinois
...
Le document, intitulé Le sida en Chine, un défi
titanesque, devrait être rendu public au cours des prochaines
semaines. Sa publication survient alors que la Chine a commencé
l'an dernier à reconnaître timidement l'ampleur
du phénomène, admettant notamment qu'au moins
100.000 paysans avaient été contaminés
par le virus HIV après avoir vendu leur sang à
des banques de sang illégales dans la province centrale
du Henan. Des experts chinois, cités par la presse
chinoise, ont pour leur part indiqué récemment
que la Chine comptait 850.000 porteurs du virus du sida sur
son territoire à la fin 2001, alors que le chiffre
officiel reste extraordinairement sous-évalué,
n'admettant guère que 30.736 porteurs du virus du sida,
dont seulement 1.594 ayant développé la maladie.
Des fonds ont commencé à être débloqués
pour venir en aide à certains des paysans du Henan
et mettre sur pied des banques du sang propres. Mais l'Onusida
estime que ces efforts récents sont loin d'être
suffisants. Parmi les problèmes : le système
de surveillance mis en place par les autorités, qui
ne permet pas d'avoir des chiffres fiables sur les personnes
contaminées. "Des millions de chinois n'ont jamais
entendu parlé du sida, beaucoup pensent qu'on peut
attraper le virus HIV par les moustiques ou en se serrant
les mains", note le rapport, qui mentionne également
la pauvreté, l'exode rural, la prostitution et la très
faible utilisation des préservatifs, parmi les principaux
vecteurs de dissémination.
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Informations peu relayées
Selon l'Onusida, la presse chinoise n'est pas assez
mise à contribution pour faire prendre conscience des
dangers du sida, tandis que des campagnes de publicité
pour le préservatif ont été interdites
dans le passé à la télévision
chinoise afin de ne pas choquer les esprits. Les responsables
locaux sont pour leur part extrêmement réticents
à admettre qu'ils sont confrontés au sida dans
leurs districts et empêchent souvent les malades ou
les médecins à parler ouvertement du problème.
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Une situation en apparence moins grave que dans les pays voisins...
Selon l'agence Chine Nouvelle (Xinhua), les autorités
sanitaires n'ont confirmé à la fin de 1999 que
17 316 personnes séropositives. Entre 1985, date de
la découverte du premier cas, et 1999, 647 cas de sida
déclarés ont été recensés,
dont 356 sont aujourd'hui décédés. Ces
chiffres placent la Chine en 4ème position en Asie,
après l'Inde, la Thaïlande et la Birmanie.
Il est à noter que la proportion des femmes infectées
est inférieure à la moyenne internationale sans
qu'une raison claire explique cette différence (647
femmes sont porteuses du virus). Selon le Beijing Morning
Post (13/3/2000), les femmes n'ont représenté
que 16 % des malades recensés l'année dernière.
Mais différents experts, y compris chinois, estiment
que le nombre de séropositifs a dépassé
les 500 000 personnes (d'aucuns parlent de 800 000 personnes
contaminées) l'année dernière, et que
le nombre de cas augmente à un rythme de 20 à
30 % par an.
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... mais un risque d'épidémie très important
Après bien des hésitations, les autorités
commencent à prendre la mesure de l'ampleur du phénomène.
Ainsi, en juin dernier, lors de la 10ème Conférence
de l'Académie des Sciences Sociales (CASS) , le professeur
Zeng Yi, du ministère de la Santé, a fait part
de son inquiétude. Selon elle, " les chances de
contrôler le fléau s'amenuisent. Nous atteignons
le point critique : sauf action immédiate, l'épidémie
est inévitable " (1).
D'ici 2010, l'Etat espère contenir le nombre de porteurs
à 1,5 millions mais certaines prévisions pessimistes
estiment que si aucune action de grande ampleur n'est menée,
le nombre de personnes infectées pourrait alors atteindre
10 millions.
L'inaction d'un pouvoir politique en décalage par rapport
à la réalité de la Chine d'aujourd'hui
favorise le développement de l'épidémie
Comme le reconnaît Zheng Xiwen, vice-directeur du Centre
National pour la Prévention et le Contrôle du
Sida, " les Chinois ne se rendent pas comptent du danger
du sida. Une minorité de responsables politiques dissimulent
même l'état de la maladie ou entravent l'application
de mesures préventives ". Ainsi, une campagne
télévisée promouvant l'utilisation du
préservatif, pourtant initiée par la Commission
d'Etat pour le Planning Familial, a été interdite
après quelques diffusions par le Bureau National pour
le Commerce et l'Industrie (State Administration for Industry
and Commerce, SAIC), invoquant la loi sur l'interdiction de
promouvoir des " produits sexuels " (2).
" Certains vieux cadres préfèrent lutter
de manière répressive contre la prostitution
et la drogue. Ils sont prompts à penser que des publicités
pour les préservatifs peuvent encourager le sexe libre
" explique Wu Zhenyou, du même centre (3).
Néanmoins, la situation s'améliore progressivement.
En début d'année, une chaîne de télévision
nationale, CCTV6, a diffusé un spot d'information sur
le sida, vers 18 heures, entre deux dessins animés,
touchant de 11 à 16 M de téléspectateurs.
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Différentes variables expliquent le développement
de la maladie
1 - le comportement sexuel des Chinois évolue
Depuis quelques années, on observe une mutation
du comportement sexuel des Chinois, qui est désormais
beaucoup plus libéral qu'auparavant, en particulier
chez les jeunes (4). Les relations pré-maritales
sont beaucoup plus répandues (les étudiants
des universités chinoises ressemblent de plus en plus
à leurs homologues occidentaux), les relations extra-maritales
deviennent plus courantes (que ce soit le phénomène
de la " 2ème épouse " ou du fait du
développement de la prostitution " classique ",
en forte augmentation).
2 - Le développement de la consommation
de drogue
La consommation de drogue injectable est
officiellement la première cause de transmission du
virus (70 % des cas). Si le foyer traditionnel de la drogue
est dans les provinces du Sud-Ouest, au bord du fameux "Triangle
d'Or",on observe un développement de la consommation
dans l'ensemble du pays.
3 - Le développement de la prostitution
(4)
Une des fiertés du régime
communiste chinois fût d'avoir éradiqué
la prostitution. Aujourd'hui, elle fait un retour en force,
de manière diversifiée, et elle est désormais
de plus en plus visible. Or, plusieurs études montrent
que l'utilisation des préservatifs par les prostitués
est très peu répandue (65 % n'en utilisent pas
selon l'Organisation mondiale de la Santé).
4 - L'homosexualité
Il y aurait entre 30 et 40 M d'homosexuels
en Chine selon le Beijing Youth Daily (5).
En Chine, l'homosexualité est encore assez largement
reconnu comme une maladie, voire un comportement déviant
puni par la loi (il est vrai quasiment plus appliquée)
ce qui ne facilite pas la prévention vis à vis
de ce groupe à risques.
5 - Le commerce illégal du sang
Depuis 1997, le commerce du sang est illégal.
Cependant, il reste très répandu, en particulier
en milieu rural (plus de la moitié de l'approvisionnement
en sang en Chine l'est contre paiement). Pour certains paysans
pauvres (mais d'autres catégories de populations sont
aussi concernées, à l'instar des prostituées
ou des drogués), vendre son sang est la seule activité
possible permettant de percevoir un revenu. Or, les conditions
de collecte favorisent la diffusion de la maladie (6).
Les hôpitaux et dispensaires sont souvent mal équipés
et ne le sang est rarement contrôlé, en particulier
pour les transfusions d'urgence.
6 - Une incitation faible au dépistage
- La maladie est considérée
comme honteuse par la population, et les malades sont considérés
comme des pestiférés (les personnels de certains
hôpitaux en ayant même peur
ce qui en dit
long sur l'information disponible !).
- Les méthodes occidentales sont beaucoup trop chères
(7) et peu disponibles
- La médecine chinoise n'offre pas de solution
- Beaucoup ignorent l'existence même de la maladie
A cela, il faut ajouter la variable géographique :
en effet, les vecteurs de transmission de la maladie ne sont
pas les mêmes que l'on se trouve dans l'ouest du pays
(dans le Xinjiang, le Guangxi ou le Yunnan, la contamination
est causée essentiellement du fait de l'usage multiple
des seringues et à l'hétérosexualité),
ou dans le sud (dans le Guangdong, le vecteur numéro
1 est l'hétérosexualité). A Pékin,
la maladie a fait son apparition d'abord, semble-t-il, chez
les homosexuels et les usagers de drogues injectables.
Le sida représente aujourd'hui une vraie menace pour
la Chine, tant du point de vue humain, sociétal qu'économique.
Il faut espérer que les autorités sauront réagir
à temps pour mettre en échec l'épidémie
qui se prépare.
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Notes
(1) in China News Agency, 10 juin 2000 ;
" Le vent de la Chine " du 19-25 juin 2000
(2) cité notamment dans Libération
du 15 février 2000
(3) ibidem
(4) en 1996, la police a arrêté 420 000 prostituées
et leurs clients, mais cela ne représenterait qu'un
dixième du chiffre réel selon les estimations
de la police. In China Daily du 16 novembre 1999. pour des
détails
(5) " la moitié des femmes souhaitant
avorter au Beijing Maternity Hospital n'est pas mariée,
et 14 % a moins de 20 ans " in China Daily du 24 juillet
2000
(6) Le sang de plusieurs donneurs est regroupé
dans une centrifugeuse, afin d'extraire le plasma. Le résidu
est ensuite réinjecté aux donneurs. Outre le
fait que la machine n'est pas toujours nettoyée correctement,
le fait de réinjecter un mélange de sang d'une
demi-douzaine ou d'une douzaine de donneurs multiplie des
risques de contamination. Cf. " Government inattention
furthers spread of Aids in China " in The New York Times
du 2 août 2000 ainsi que " HIV fear spurs new war
on blood sales " in South China Morning Post du 30 août
2000.
(7) environ 100 000 yuan par an, soit environ
12 000 USD.
Cité in Xinhua Daily News du 28 mai 1999.
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