1988 : Salle Raspail (Paris)
PROJECTION DU COURT-MÉTRAGE
N° 2 :
GÉNÉRIQUE
MUSIQUE
VOIX OFF : “Quand j'ai quitté Marianne, j'ai compris que mon âme, mon amour, bel amour, et quelque chose d'autre encore lui manquerait un jour
Oui, je dois
plaindre cette pauvre Marianne
C'est sûr
qu'elle est si belle
chacun rêve d'être son ami, son amant
ou son parent
Quand on l'aborde, on la rencontre, elle répond par différents
sourires. Mais si vous lui posez une question précise, alors vous comprenez
(Mais ce n'est pas pour cela que je dois plaindre Marianne)
bien sûr vous comprenez dès sa première réponse :
Marianne, il est vrai, est horriblement bègue.
Elle m'a raconté son enfance avec ce handicap et son orthophoniste :
La souffrance des séances qui n'en finissaient pas de se renouveler année
après années et plusieurs fois par mois ; tout cela vainement
malgré tous ses efforts.
Ses premières
expériences d'influence de pensées quand elle mettait fin aux
interrogatoires avant l'heure prescrite en simulant une fatigue considérablement
supérieure à la réalité
Et son échec volontaire à l'ultime examen qui devait ou non la
déclarer incurable : le choix délibéré par un examinateur
impartial de tous les exercices auxquels précisément elle était
sûre d'échouer
Tout plutôt qu'endurer cet enfer de l'espoir en la toute-puissance du
"pouvoir médical".
Ses efforts pour capter des "messages en retour", et ses longues
pratiques de la concentration.
Ses
premiers résultats le jour de ses 22 ans : une véritable conversation
télépathique avec sa meilleure amie chez qui elle avait lu la
pitié pour ses dérisoires tentatives puis ce fut l'étonnement
et l'océan de joie
Elle découvrait qu'ainsi elle ne bégayait
plus.
Et ce fut sa fringale d'approches télépathiques et puis le contre-coup de la grande solitude : quel homme un peu sensé, quel être humain sur terre peut accepter sciemment de partager sa vie avec une personne à qui on ne peut rien dissimuler ? Oui, qui peut décrypter chacune de vos pensées
Juste avant
mon départ, quelque chose s'est "détraqué" :
Marianne ne pouvait plus contrôler ses réceptions télépathiques
: elle percevait toutes les pensées des gens qu'elle côtoyait,
des gens qu'elle approchait, des gens qui l'entouraient
Plus
question de prendre le métro ou le bus
Les pensées tortueuses
des chauffeurs des chauffeurs de taxi lui étaient un supplice.
Par la cacophonie des embryons d'idées de ses contemporains commença son martyre.
La nuit de mon départ, elle fit les mêmes rêves que moi. Elle s'est réveillée au même instant que moi.
Mais quand je me suis embarqué à l'aube pour aller servir la France, elle m'a crié "Adieu !" avec sa voix, son bégaiement : car à l'instant d'avant, tandis qu'elle m'adressait ses plus tendres pensées enrobées des mots doux n'appartenant qu'à nous J'ai vu tous les gars du convoi qui s'entre-regardaient, étonnés, ammusés
Et c'est vraiment pour ça que je plains Marianne :
Elle ne peut
plus non plus contrôler l'émission de ses propres pensées
vers une personne déterminée."
(Un film écrit et réalisé par Hervé "Axel" Colombel - 1988)